Parachat Chéla’h Lé’ha, Le Talith oublié

 

Chelakh Lékha : Le Talith oublié

A la
fin de cette paracha, est ordonnée la mitsva de
tsitsit, l’obligation d’apposer aux quatre coins
de nos vêtements des fils dont l’un d’eux est
bleu azur. Il est rapporté que l’accomplissement de
cette mitsva équivaut à toutes les autres
réunies.

Le
jour où le Gaon de Vilna sentit que sa fin était
proche, presque agonisant, il attrapa ses tsitsit et livra
un message poignant à ceux qui
l’entouraient :

« La Torah impose à propos des
tsitsit : «  et vous le regarderez. » Le Talmud de
Jérusalem souligne que l’emploi du singulier
paraît ici déplacé alors que le terme
qu’il désigne est au pluriel. En effet,
puisqu’il s’agit des fils de tsitsit, nous
aurions dû dire « et vous les regarderez ». Le
Talmud explique que celui qui applique scrupuleusement cette
mitsva, pourra voir D.ieu, ou autrement dit, jouir de la
présence de la Chékhina. Ceci
révèle que la forme au singulier réfère
à D.ieu Lui-Même. Par cette allusion grammaticale, le
texte tente de nous dévoiler le salaire réel de la
mitsva de tsitsit. »

C’est avec des larmes d’émotions que le Gaon
rapporta cette explication et confia à ses
proches : « Voilà qu’avec
quelques proutot, quelques centimes, nous pouvons ressentir
la Présence Divine ! Combien il va m’être
difficile d’arriver dans un monde où même si je
voulais donner tout l’or possible, je ne pourrais même
pas acquérir une mitsva si facile à
réaliser dans ce monde-ci. »

A
propos de cette mitsva on raconte :

Le Rav Moché Itshak de Kélem était venu un
jour d’été dans la ville de Dublin, près
de Rigua. A cette époque, la plupart des habitants de Rigua
voyageaient souvent en direction de Dublin, surtout le chabat, pour
profiter du bord de mer.

Un chabat matin, alors que tous étaient réunis pour
l’office dans une synagogue où se serraient les
fidèles, le Rav remarqua que la plupart des vacanciers en
provenance de Rigua n’étaient pas couverts de leur
talith et tsitsit. En effet, désireux de voyager plus
légers, ils les avaient laissés dans leur ville de
résidence principale.

Le Rav prit alors la parole sur l’estrade :
« Mes amis, j’aimerais vous raconter une histoire.
Une fois, en été, je me trouvais justement à
Rigua, la ville d’origine d’un bon nombre d’entre
vous. En rendant visite à un ami, je me suis laissé
dire qu’il était à Dublin pour le chabbat. Mais
avant de franchir le seuil de sa maison pour reprendre mon chemin,
j’ai entendu des pleurs. Persuadé qu’ils
provenaient d’un bébé, je me suis
approché mais je n’ai rien vu d’autre
qu’un étui de talith. Il me fallut un certain laps de
temps pour réaliser que les sanglots que je percevais
provenaient bel et bien du talith lui-même.

Je lui ai demandé :

  • Pourquoi pleures-tu talith ?

  • Comment ne pas pleurer me répondit-il. Mon
    propriétaire s’est rendu à Dublin pour chabbat.
    Il a emporté toutes ses affaires précieuses, mais
    moi, il m’a laissé tout seul.

  • Ne pleure donc pas. Il arrivera un jour où ton
    propriétaire sera contraint de laisser ici tout son argent
    et tout son or. En revanche, il t’emportera toi uniquement
    avec lui pour partir bien plus loin que Dublin…